Installé à La Courneuve depuis 2015 et accompagné par la Mission locale depuis l’an dernier, Shaur Ali fait partie des vingt-cinq jeunes sélectionnés dans toute la France qui s’entraînent pour le marathon de New York du 2 novembre avec l’association Les 42. Avec ce projet, sponsorisé par la structure d’insertion, le jeune homme prend son élan.
C comme collectif
« Le critère principal pour être recruté, c’est de respecter les autres et de se respecter soi-même. Ce projet, c’est vraiment quelque chose de collectif, c’est tous ensemble qu’on trouve la force d’y arriver. Il y a de la solidarité, un esprit de troupe comme quand je faisais du théâtre : sur scène, on était des projecteurs pour les autres. »
O comme obstacles
« J’ai eu des hauts et des bas dans mon parcours. J’ai suivi une formation d’agent d’escale aéroportuaire avec l’aide financière du CCR, je voulais faire des sous et aider ma mère, mais j’ai eu plein d’obstacles pendant mon CDD : j’ai compris après avoir commencé qu’au final, c’était de l’intérim, et je ne bossais que 9 heures par semaine au lieu de 35. J’étais totalement démotivé, je ne savais plus pourquoi je devais me lever le matin, j’ai raté un entraînement à cause de ça. J’ai arrêté de bosser pour cette boîte depuis. »
U comme université
« Le droit, c’était ma vocation. Depuis tout petit, j’observais des inégalités autour de moi et je voulais combattre les injustices. J’ai intégré l’université de droit Paris 1 Panthéon-Sorbonne, en poussant des portes et en y allant au culot. Mais j’ai vite perçu le décalage entre Paris et la banlieue, on n’avait pas les mêmes codes ni les mêmes valeurs. J’ai redoublé ma première année et j’ai réussi à valider trois semestres, mais je n’en pouvais plus, c’était le diplôme ou ma santé mentale. »
R pour réseau
« Les mentors [des responsables d’entreprise qui s’engagent financièrement et sportivement, NDLR] qui nous accompagnent ont beaucoup d’expérience et de vécu. Ils ont énormément de choses à nous apprendre et ils connaissent tous quelqu’un qui connaît quelqu’un… On a tout un réseau qui se crée autour de nous. Et on rencontre plein de gens : lors du dernier campus, on a pu parler avec un champion du monde de boxe thaïe et avec le vice-président du Sénat. Moi qui suis archi curieux de base, je suis comme un poisson dans l’eau ! »
S comme sportif
« Je n’étais pas super sportif à la base, j’ai fait un peu de boxe thaïe pendant un an, sinon je ne faisais que de la salle, mais on est super bien entourés. On a un coach qui a préparé tout un programme. On doit s’entraîner trois fois par semaine : deux fois de notre côté et une fois tous ensemble à Paris, pour ceux qui viennent d’Île-de-France. Le but, ce n’est pas la performance mais l’endurance : il faut manger des kilomètres ! On a couru notre premier semi-marathon en octobre, sous la pluie et dans le froid, et on l’a tous réussi, on était archi fiers. »
E pour énergie
« Courir un marathon, ça ne me faisait pas rêver, mais aller à New York, oui ! C’est mon conseiller qui m’a parlé du projet. J’ai assisté à la réunion d’information à Aubervilliers, où il y avait Malek [Malek Boukerchi, le fondateur de l’association Les 42, NDLR] et d’autres gens de sa team et j’ai tout de suite matché avec leur énergie. Ils nous tirent vers le haut, ils plantent des aspirations dans nos têtes. Avec eux, on se met en mouvement. J’ai plein de projets : écrire, refaire du théâtre, faire du cinéma, monter une agence de voyages entre la France et le Pakistan… »
Propos recueillis par Olivia Moulin ; photo : Léa Desjours