À l’approche des fêtes, La Courneuve célèbre les solidarités. Une lutte contre toutes les inégalités et pour n’oublier personne.
C’est bien simple : pour Djoura, habitante du quartier du Moulin-Neuf, curieuse de nature, tout est prétexte à s’instruire. Informée de la tenue du Forum des solidarités à l’Hôtel de ville, elle s’y est rendue ce 2 décembre, déterminée à visiter chaque stand, histoire de faire le plein d’informations. Si, elle le reconnaît, sa situation ne présente pas un caractère d’urgence, « on ne sait jamais ». Elle poursuit : « Je me rends compte des problèmes que pose la barrière de la langue. Beaucoup de personnes en souffrent, ne connaissent pas leurs droits… Si je peux les orienter vers une assistance sociale ou un dispositif quelconque, je le fais ».
L’entraide quotidienne des habitant·es d’un quartier ou de voisin·es reste un filet social indispensable contre l’isolement, la précarité. Rôle que joue le Forum des solidarités, dans une forme plus institutionnelle. L’événement signe sa troisième édition. Le principe ? Permettre aux Courneuvien·es de rencontrer, en un lieu unique, le temps d’une journée, l’ensemble des acteur·rices de la solidarité sur le territoire. Aussi bien les services de la ville (CCAS, Maison de la justice et du droit, Logement, Mission handicap, Centre municipal de santé Salvador-Allende, La Courneuve Mobile…) que les partenaires institutionnels et associatifs. « Une société qui avance est une société qui ne doit laisser personne sur le bord du chemin », rappelait le maire Gilles Poux en ouverture du forum. Aujourd’hui pourtant, plusieurs études évaluent à environ 40 % les personnes qui n’effectuent pas les démarches alors qu’elles sont éligibles à des prestations sociales (CPAM, CAF, France Travail, primes d’activité…).
3039, c’est le numéro unique de l’accès au droit
Méconnaissance des aides existantes, complexité administrative…, les raisons sont multifactorielles. En 2016, la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES) observait que 63 % des personnes pouvant bénéficier de droits sociaux accédaient à au moins l’un d’eux après être passées au « rendez-vous des droits », un dispositif mis en place par la CAF qui permet d’améliorer l’information du public.
« Le Forum des solidarités est une façon de lutter contre le non-recours, il permet de remettre de l’humain entre les personnes et les structures qui leur viennent en aide », explique Sabrina Nebbou, directrice des Solidarités de La Courneuve, chargée de la mise en place du forum.
Textes : Mariam Diop ; photos : Léa Desjours
De l'aide pour accéder à ses droits
Le conseil départemental de l’accès au droit a mis en place une permanence de juristes. Ce service d’information gratuit, anonyme et sans rendez-vous est situé dans les locaux du tribunal de Bobigny. Tout administré·e peut s’y rendre pour trouver une solution à une question juridique.
Planning disponible ici.
Ils et elles racontent 20 ans de patinoire
Omar Nainan, Service des Sports
« Un peu plus que de l’évasion »
« Je me souviens de la première édition de la patinoire, elle était installée de l’autre côté du bâtiment Mécano, j’étais alors éducateur sportif. C’était un beau challenge. Vingt ans sont passés et je ressens une certaine fierté. Non seulement la patinoire a réussi à durer mais en plus elle a évolué. Au tout début, il s’agissait juste d’un tapis glacier. Aujourd’hui, on accueille un spectacle d’ouverture, il existe aussi un vrai projet d’apprentissage de la glisse puisque les élèves de CM2 apprennent à patiner. On se sent utile. Ce moment d’évasion est devenu au fil du temps un peu plus que cela. L’an dernier, nous avons enregistré plus de 40 000 passages sur la glace ; 47 agents participent à la patinoire. C’est la dernière édition pour Gilles Poux en tant que maire, je le remercie pour son accompagnement. »
Touria, mère de famille
« Ici, on fait tout pour les enfants »
« Je viens à la patinoire depuis toujours. Pour moi, c’est de la joie, du bonheur… de rencontrer tous ces gens. Mes enfants sont
pressés de patiner, de voir les illuminations… Si je reste vivre à La Courneuve, c’est aussi pour ce genre de choses, parce qu’ici on fait tout pour les enfants. C’est très important pour moi d’avoir cette possibilité de leur trouver des activités… Mon grand a 25 ans aujourd’hui, c’est avec lui que j’ai découvert la patinoire. »
Anna, mère de famille
« Je rencontre mes voisines »
« Cela fait environ treize ans que j’y viens. Aujourd’hui, mes enfants ont 16 et 20 ans, ils l’ont toujours connue. C’est très sympa, toutes les villes ne le font pas. Ma fille a appris à patiner ici, maintenant elle entraîne ses copines. Moi, j’y rencontre mes voisines : j’aimerais que ça continue, comme La Courneuve Plage. »
En habits de fête
Atelier cuisine, sorties, micro-crèche, atelier de conversation, aide administrative, accompagnement numérique, café des parents, accès aux droits… : les Maisons pour tous (MPT) déploient leurs actions durant toute l’année auprès des publics des quartiers, à l’aune des fragilités du territoire. À l’approche des fêtes, elles concoctent, chacune à sa façon, un réveillon solidaire. Un moment plus qu’attendu par le public. « Je l’appelle “le mariage” », évoque Charlyne Begusseau, référente famille à la MPT Cesária-Évora. « Il faut voir comme les gens s’habillent bien à cette occasion… Ils ont envie de ces temps festifs. Et puis certaines personnes sont seules ! » explique-t-elle.
Pour cet événement, la MPT Cesária-Évora a travaillé en partenariat avec le service Jeunesse, le dispositif Programme de réussite éducative (PRE) et l’association Fête le Mur… Chaleureuse ambiance en perspective sous le préau des écoles Robespierre et Vallès.
Sous le toit d’Aoua-Keïta
Dans une salle tout près de l’entrée, des femmes tricotent dans la tranquillité d’un après-midi de décembre. Sous le regard attentif et heureux de Zazie, animatrice de l’atelier, elles réalisent des figurines au crochet. Points serrés, brides, demi-brides…
« C’est difficile mais j’apprends. C’est agréable de venir ici ! » confie Faouzia, une assidue de l’atelier. C’est d’ailleurs elle qui a encouragé Zazie à se porter volontaire pour animer l’atelier. Nyas, lui, a 11 ans, et se tient, crochet à la main, aux côtés de Zazie : « J’aime bien fabriquer des choses. Je voulais essayer. » Nazrim, sa maman, est assise en face de lui. Eh oui ! Le mercredi, le collégien et sa mère tricotent ensemble : « Nyas est très manuel, je ne suis pas étonnée. Je suis fier de lui, il est venu de lui-même à l’atelier. »