Des lycéen·nes poursuivis en justice

Publiée le 3 nov. 2026

Des lycéen·nes poursuivis en justice

Commissariat

Une dizaine d’élèves du lycée Jacques-Brel ont été déférés au tribunal, à l’issue de gardes à vue au cours desquelles certain·es témoignent de violences.

Je pensais même pas que c’était possible de faire subir ça à un humain ! » Le 14 octobre 2026, Manelle, lycéenne à Jacques-Brel âgée de 17 ans, a été fouillée, menottée et placée en garde à vue au commissariat de La Courneuve pour des raisons floues. Pendant ces quarante-huit heures de garde à vue, elle a été victime de violences de la part de certains policiers : « Ils ont refusé de me donner un matelas, de l ’eau, à manger, ils faisaient exprès de laisser la lumière allumée pour nous empêcher de dormir », raconte-t-elle. Les violences se sont poursuivies le lendemain : « J’essayais de dormir mais l’officier de police judiciaire toquait toutes les vingt minutes, exprès. Il me disait que j’étais morte, que j’allais aller en prison pour mineurs ou au mieux en foyer. »

Depuis le 21 septembre, des centaines de blocus de lycées ont lieu partout en France. Le lycée Jacques-Brel a également été bloqué plusieurs semaines, avec des revendications claires : moins d’élèves par classe, des locaux décents et plus de moyens financiers pour le personnel. Le gouvernement réprime ce mouvement par des actions violentes : arrestations arbitraires, perquisi- tions, grenades assourdissantes, gaz lacrymogène…

Manelle a finalement été déférée au tribunal judiciaire de Bobigny le 16 octobre à l’issue de sa garde à vue. Elle a été entendue par le procureur et la juge pour enfants. Un rassemblement a eu lieu devant le tribunal : professeur·es, lycéen·nes, syndicats sont venus pour témoigner leur soutien à Manelle ainsi qu’à la dizaine de lycéen·nes déférés uniquement pour avoir revendiqué leurs droits.

Les professeur·es du lycée Jacques-Brel dénoncent un acharnement sur les élèves du lycée, plusieurs ayant même été arrêtés sur le chemin de l’établissement. Un constat corroboré par l’organisation non gouvernementale internationale Amnesty International, qui documente la répression violente du mouvement. Manelle et les autres élèves de La Courneuve ont finalement été relâchés après leur défèrement au tribunal de Bobigny. Ils et elles comparaîtront devant le juge des enfants le 30 mars 2027.

Le maire, Aly Diouara, s’est prononcé sur cette situation dans un communiqué le 15 octobre : « La municipalité de La Courneuve réaffirme son soutien plein et entier à ce mouvement. Elle exprime son admiration à l’égard de la jeunesse qui, malgré la violence de la répression, continue de se mobiliser avec courage et détermination pour défendre son avenir. » 

Texte : Latifa Lazreg ; photo : Francesco Gattoni

Témoignages

Hacene, le père de Manelle

« Ma famille est traumatisée »

« Je suis abasourdi. Les chefs d’accusation sont la détention d’armes et de produits explosifs : l’avocate dit que le dossier est vide. Ils étaient sept policiers pour interpeller Manelle, devant ma femme et ma fille de 9 ans : elles sont traumatisées ! »

Moustafa, lycéen

« Pouvoir étudier juste normalement »

« À la base, ce qu’on voulait, c’était en appeler à l’État pour demander de l’aide. Mais comme il ne se retournait pas, on a été obligés de lui faire une tape sur l’épaule. Tout ce qu’on demande, c’est de pouvoir étudier, même pas dans de bonnes conditions, mais juste dans des conditions normales. Une fois, en un cours, j’ai dû écraser cinq cafards. On a une seule cabine aux toilettes et il y a un trou dedans… »

Aurélien Gavois, professeur au lycée Jacques-Brel

« Soutien total aux élèves »

« On apporte un soutien total aux élèves, on demande leur libération immédiate et l’arrêt des poursuites en cours. On traite Manelle comme une délinquante alors que c’est juste une jeune qui se mobilise pour ses droits. »