Ilayda Kaba, boxeuse aguerrie, se projette comme professeure, bien décidée à transmettre les valeurs de son sport aux plus jeunes.
Dans la salle, les jeunes courent, soufflent, font une pause. Les affiches des grands champions montrent les coups à répéter et regardent passer les rounds. Sur le ring, Ilayda Kaba ajuste ses gants. Face à elle, une jeune fille. Combat d’entraînement. Ilayda avance, recule, avance, corrige. Elle boxe comme on explique une leçon : avec précision. « Ce n’est pas la force qui compte, c’est la justesse », lui lance Ahmed Kerrar depuis le bord du ring. Comme un chef d’orchestre, le fondateur du Ring courneuvien, alias Tonton, donne le mouvement à suivre, comme il le fait depuis trente ans. La boxe, pour Ilayda, est devenue une école dont elle connaît bien le programme, à maintenant 23 ans. Elle commence il y a neuf ans, par son père, ancien pratiquant de boxe anglaise. Premier entraînement : du shadow boxing. Apprendre à se battre contre son reflet avant les autres. « Dès ce moment, j’ai su que ce sport était fait pour moi », sourit-elle. Elle gagne le championnat d’Île-de-France junior en –51 kg et atteint trois fois la finale chez les seniors.
Mais le parcours n’est pas linéaire. Après une première année de STAPS réussie au prix d’une discipline de fer, jonglant entre les cours et une descente à –48 kg pour les demi-finales des championnats de France, le corps dit stop. Une prise de poids, un break de deux ans. Elle redouble sa L2 à la fac. Elle lâche les gants sans quitter la salle, continuant d’inculquer les gestes aux plus jeunes. « L’accompagnement et le soutien de Tonton m’ont toujours poussée à ne
rien lâcher et m’ont permis de revenir après deux ans de pause », précise Ilayda.
Très accueillant, Ahmed Kerrar ne mâche pas ses mots. La boxeuse remet les gants en septembre dernier. « J’ai des qualités que le Ring courneuvien m’a transmises, telles que la discipline, l’abnégation, le courage et le partage, que j’essaie de transmettre aussi aux jeunes, les considérant comme mes petits frères et sœurs. » Des atouts qu’on pourrait retrouver chez un·e bon prof. En sport, elle encadre les enfants de 6 ans tous les mercredis après-midi. Coach en devenir, elle va chercher les jeunes. Montrer par l’exemple, être irréprochable sur le ring pour être crédible hors des cordes, sa pédagogie passe par le corps : « Ahmed m’a donné les outils afin d’apporter aux jeunes ce qu’il m’a appris en boxe et sur tous les aspects de la vie. »
Sa mère, d’abord réticente à la boxe, a toujours soutenu sa fille, tout comme son père. Ilayda se projette encore cinq ou six ans sur le ring. Puis un diplôme d’entraîneur. Mais d’abord, il faut finir ses études : « Toujours respecter les étapes », confirme Ahmed Kerrar. Ici, dans la salle, on n’enseigne pas seulement à boxer : on apprend à tenir la distance.
Texte : Jean-Bernard Gallois ; photo : Silina Syan
Ring courneuvien, renseignements : Ahmed Kerrar, ahmedkerrar93@gmail.com, 06 58 68 04 93.