La santé mentale : tous concernés

Publiée le 5 févr. 2026

La santé mentale : tous concernés

Santé mentale

Le Conseil local de santé mentale a été réactivé il y a un peu plus d’un an. Quel est son rôle ? Quelles sont les aides mises à la disposition des Courneuvien·nes en souffrance psychique ?

On en a beaucoup entendu parler ces deux dernières années. Des sportifs de haut niveau, comme l’ancien footballeur Raphaël Varane, l’actrice Isabelle Carré ou la chanteuse Britney Spears ont levé le tabou sur leurs épisodes de dépression. Tou·tes appellent à mieux prendre en compte la santé mentale.

Mais de quoi parle-t-on vraiment ? Domizia Tidei, coordinatrice du Conseil local de santé mentale (CLSM) à la mairie, rappelle que ça concerne tout le monde, et pas seulement les personnes atteintes de troubles : « Nous pouvons avoir une bonne ou une mauvaise santé mentale. Notre parcours, nos conditions de vie peuvent influencer notre santé. L’état du logement, les conditions de travail, manger à sa faim, subir des violences au sein de la famille, des problèmes finan-ciers, être âgé : tous ces fac- teurs peuvent avoir un impact sur notre santé physique et mentale », développe-t-elle. « Tous les ans, il y a plus de décès par suicide que par accident de voiture », ajoute la coordinatrice du CLSM. Parce que « les troubles psychiques sont la première cause de morbidité chez les 16-25 ans », l’établissement public de santé (EPS) de Ville-Évrard a ouvert une nouvelle unité dédiée aux grands adolescents-jeunes adultes (GAJA). « Nous nous organisons autour du domicile du patient. Quand on parle psychiatrie, on pense souvent hospitalisation mais 90 % de nos patients sont suivis en ambulatoire », précise Sonia Hamzaoui, cheffe du service de psychiatrie du secteur La Courneuve – Dugny – Stains.

Le poids de la précarité

Elle aussi relève une augmentation du nombre de prises en charge. « Le bassin de vie La Courneuve–Stains–Dugny est très sous-doté en psychiatres libéraux, ce qui rend l’accès aux soins particulièrement difficile pour une population fortement marquée par la précarité. En l’absence de prise en charge dans le secteur public (via le centre médico-psychologique), ces patients n’ont souvent aucune autre possibilité de consultation. À cette précarité de moyens s’ajoute fréquemment une problématique toxicologique, très présente en Seine-Saint-Denis, qui nécessite une articulation étroite avec les dispositifs d’addictologie, analyse la docteur Sonia Hamzaoui. La population que nous prenons en charge se caractérise par une proportion importante de personnes migrantes. Pour certaines, l’instabilité du logement liée à une arrivée récente en France ainsi que les délais nécessaires aux démarches administratives (notamment pour l’ouverture des droits à la Sécurité sociale) compromettent la régularité de la prise en charge. Pour cette raison, nous travaillons en articulation constante avec le CLSM de La Courneuve afin de fluidifier l’accompagnement social et de favoriser la réinsertion socioprofessionnelle. » Le rôle de la coordinatrice du CLSM est justement de coordonner les professionnel·les qui travaillent de près ou de loin autour de la santé mentale. Elle a commencé par réaliser un état des lieux sur La Courneuve. Il s’agit d’évaluer les problèmes, pour voir comment y remédier collectivement, de recenser les besoins et les manques puis de rendre visibles les structures existantes.

Lutter contre la stigmatisation

« Une de mes missions est de permettre la mise en place d’actions de sensibilisation et des formations, autant pour les professionnels que pour les citoyens, et ainsi œuvrer à la déstigmatisation des personnes en souffrance psychique », ajoute Domizia Tidei. Après les élections, le CLSM proprement dit et sa dynamique collective se mettront en place, rassemblant des professionnel·les de la santé mentale, des élu·es, des citoyen·nes et les personnes concernées au sein des instances décisionnaires, avec notamment une première assemblée plénière.

Textes : Marie Bernard ; photo : Flore-Aël Surun/Tendance Floue

Pour plus de renseignements : Centre municipal de santé Salvador-Allende, 2 mail de l’Égalité. Standard : 01 49 92 60 60. Ouvert du lundi au vendredi, de 8h30 à 12h et de 13h30 à 19h30, et le samedi, de 8h30 à 12h.

Devenir secouriste en santé mentale

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Comme il existe une formation aux premiers secours citoyen (PSC), il est possible d’être formé aux premiers secours en santé mentale (PSSM). Une première session a eu lieu en octobre à La Courneuve. « C’est vraiment une formation d’utilité publique qui permet de déstigmatiser nos a priori. Elle dure deux jours, nous donne des clés sur comment approcher une personne qui ne va pas bien psychologiquement. Souvent, on voit dans notre entourage, sur notre lieu de travail ou dans notre famille des personnes qui sont mal mais, soit on se dit que l’on n’est pas médecin et on n’intervient pas, soit on pense qu’elles sont casse-pieds, fainéantes, de mauvaise humeur », explique Mélanie Marcos, formatrice à Montreuil.

« PSSM permet d’aborder le sujet avec ces personnes, de les écouter, de les accompagner, les orienter sans jamais s’imposer, sauf s’il y a urgence : on a alors une autre posture à avoir. On acquiert des outils de réflexion sur comment prendre soin de soi pour mieux aider les autres. On parle de suicide, de schizophrénie, de dépression mais aussi de rétablissement. On peut vivre avec sa pathologie, au même titre qu’un diabétique apprend à gérer sa maladie. »

Pour connaitre les sessions de formation, cliquer ici.

La musique pour s’épanouir

Le Conservatoire à rayonnement régional d’Aubervilliers-La Courneuve (CRR 93) offre depuis 2018 un parcours d’accueil artistique pour l’inclusion et l’intégration des personnes en situation de handicap psychique, en partenariat avec l’association APTE qui accompagne les enfants, adolescent·es et jeunes adultes atteints notamment de troubles du spectre de l’autisme dans la pratique de la musique. « Trente jeunes et enfants sont pris en charge dans des ateliers individuels, principalement pour se former au piano, à la guitare, à la danse et au théâtre, mais aussi à la harpe, aux percussions et à la contrebasse », spécifie Sébastien Petitjean, le directeur adjoint du CRR 93.

Une trentaine d’enseignant·es ont été formés à la méthode bienveillante DOLCE®, qui part des compétences de l’élève : « Ce n’est pas une approche liée à une performance technique avec des morceaux à jouer. On développe la manière dont l’élève va s’occuper de l’instrument, le toucher. » Les jeunes les plus aguerris finissent par intégrer des cours collectifs avec les élèves valides. « Ils sont considérés comme les autres élèves, ils ne sont pas renvoyés à leur handicap. C’est important, structurant, ils gagnent en estime de soi, ils font de réels progrès. Et je pèse mes mots ! » poursuit Sébastien Petitjean. Une élève contrebassiste suit un parcours supérieur et professionnalisant quand d’autres auront bientôt une audition publique de piano.

Renseignements auprès du CRR 93 : Sébastien Petitjean ; sebastien.petitjean@crr93.fr

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